Je m'appelle Aurélien Dubois et, depuis des années, j'observe avec intérêt comment l'information circule pendant les campagnes locales. Une question revient sans cesse dans les commentaires et les mails que je reçois : comment savoir si une fake news a réellement influencé le résultat d'une élection locale ? L'intuition voudrait qu'une rumeur virale, un montage ou un article mensonger puisse faire basculer une mairie ou une communauté de communes. Mais en pratique, mesurer cet impact demande méthode, prudence et un mélange d'outils quantitatifs et qualitatifs. Dans cet article, je partage ma façon d'aborder le sujet et des pistes concrètes pour vous y essayer.
Pourquoi c'est si difficile ?
Avant tout, il faut accepter une réalité simple : l'influence politique est multifactorielle. Une campagne se joue sur le programme, le candidat, les finances, le terrain, les médias locaux, les débats personnels et — parfois — sur des informations fausses. Distinguer la part « decisionale » d'une fake news parmi tous ces éléments, c'est comme tenter d'isoler un instrument dans une symphonie. Plusieurs facteurs compliquent l'évaluation :
Questions pratiques que je me pose toujours
Lorsque j'analyse un cas, je commence par m'interroger sur des éléments concrets :
Indicateurs quantitatifs utiles
Les chiffres ne répondent pas à toutes les questions, mais ils fournissent des signaux précieux. Voici les principaux indicateurs que j'utilise :
Méthodes qualitatives : parler aux gens et écouter
Les données seules mentent parfois. J'accorde une grande place au travail de terrain et aux entretiens :
Outils concrets que j'utilise
Voici une liste d'outils pratiques — certains gratuits, d'autres payants — qui m'ont été utiles :
Une méthodologie pas à pas
Pour rendre tout cela opérationnel, voici la démarche que j'applique systématiquement :
Études de cas et enseignements
Dans une élection municipale que j'ai suivie de près, une vidéo manipulée a circulé massivement deux jours avant le second tour. Résultat pratique : forte émotion locale et une contre-communication immédiate du candidat visé. Grâce aux outils, on a pu montrer que la viralité était concentrée dans deux quartiers et relayée par quelques pages Facebook aux 3–4 000 abonnés. En croisant avec les résultats par bureau de vote, on a observé une baisse de participation dans ces mêmes bureaux, mais sans changement massif des choix partisans. Mon interprétation : la désinformation a contribué à une légère démobilisation, pas à un renversement de tendance.
Autre cas, où une fausse attribution de propos a été reprise par un média local important : l'effet fut plus profond car le relais imprimé a donné de la crédibilité au mensonge. Là, l'impact s'est mesuré non seulement en engagement, mais en changement de discours dans les réunions publiques, ce qui a modifié le récit de campagne pendant plusieurs jours.
Limites et précautions
Enfin, quelques mises en garde. Premièrement, corrélation n'est pas causalité : un pic d'engagement ne prouve pas qu'on a fait basculer des votes. Deuxièmement, les effets peuvent être différés et indirects — démobilisation, polarisation, ou renforcement d'une narration. Troisièmement, traiter ces sujets exige rigueur éthique : éviter les approximations, citer ses sources, et ne pas contribuer à amplifier ce qu'on prétend mesurer.
Si vous souhaitez, je peux publier un dossier pratique accompagné de modèles d'enquête et de scripts pour récupérer des données (exemples d'utilisation de Google Trends, CrowdTangle et d'API Twitter), afin que des journalistes locaux, des associations ou des citoyens puissent reproduire cette démarche pour leur territoire. La question de l'impact réel des fake news mérite des réponses locales et documentées — pas des slogans.