Lorsque je lis le texte d'une nouvelle loi locale — qu'il s'agisse d'une mesure d'aide au logement, d'un supplément à l'offre scolaire, d'un plan de mobilisation pour l'emploi ou d'une réforme des transports — je me demande systématiquement : comment saurons-nous si cela réduit véritablement les inégalités ? Dans ce billet, je propose une boîte à outils simple et pratique, composée d'indicateurs accessibles et d'une méthode pour suivre l'impact réel d'une politique locale. Mon objectif : donner à chacun·e des repères concrets pour ne pas se contenter d'effets d'annonce.
Pourquoi des indicateurs simples ?
Une bonne loi peut échouer faute de suivi. Trop souvent, les évaluations sont techniques, coûteuses et publiées trop tard. Des indicateurs simples — répétés régulièrement et facilement compréhensibles — permettent de prendre le pouls rapidement, d'alerter si nécessaire et d'ajuster les politiques. Ils ne remplacent pas les évaluations approfondies (économétrie, expérimentations), mais ils constituent un système d'alerte et de dialogue démocratique.
Principes que j'applique systématiquement
Avant de lister des indicateurs, voici les principes que j'utilise pour les choisir :
Indicateurs clés à suivre (par thème)
Voici une liste organisée par grands domaines. Je l'ai voulue pragmatique : chaque indicateur est actionnable et souvent déjà collecté par les collectivités ou des opérateurs locaux.
Revenu et pauvreté
Emploi et insertion professionnelle
Accès aux services essentiels
Éducation et réussite scolaire
Logement et précarité résidentielle
Santé
Mobilité sociale et patrimoine
Indicateurs qualitatifs et participation
Les chiffres ne disent pas tout. Je recommande d'ajouter :
Comment structurer le suivi : calendrier et méthode
Pour qu'un suivi soit utile, il faut un rituel : je préconise un tableau de bord publié tous les trimestres avec :
Voici un exemple de tableau synthétique que j'aime bien : il permet de voir d'un coup d'œil où intervenir.
| Indicateur | Valeur actuelle | Évolution 12 mois | Disaggregation | Fréquence |
|---|---|---|---|---|
| Taux de pauvreté local | 15 % | +1 pt | Quartiers, âge | Annuel |
| Taux d'emploi 25-54 ans | 68 % | -2 pts | Genre, diplôme | Trimestriel |
| Temps moyen d'accès au médecin | 22 min | stable | Quartiers | Semestriel |
| Nombre d'expulsions | 24 | +5 | Adresse | Trimestriel |
Sources de données pratiques
Où trouver ces données ? Voici quelques pistes concrètes :
Comparer, mais avec prudence
Comparer un quartier à un autre ou une ville à une ville voisine est utile, mais il faut toujours contrôler le contexte (taille, structure démographique, métiers dominants). J'encourage l'utilisation d'un ou deux "témoins" proches : une commune similaire qui n'a pas mis en place la mesure pour tenter de dégager un effet net.
Quand alerter et comment agir
Si un indicateur signale une dégradation notable (par exemple >2 points de hausse du taux de pauvreté en un an, ou une hausse significative des expulsions), c'est le moment d'interpeller l'exécutif local, de demander une réunion publique et d'exiger des mesures de correction. Le suivi doit permettre le dialogue et l'ajustement, pas seulement la comptabilité des échecs.
Enfin, je rappelle que réduire les inégalités est un mouvement de long terme : certains effets sont visibles rapidement (aides directes, suppression d'une barrière administrative), d'autres nécessitent des années (mixité sociale, mobilité intergénérationnelle). Des indicateurs simples, réguliers et partagés sont un outil démocratique puissant : ils permettent aux citoyen·ne·s, aux élu·e·s et aux techniciens de se parler avec des repères communs.