Je m'appelle Aurélien Dubois et, depuis des années, j'observe, analyse et décrypte les stratégies de communication politiques qui traversent nos médias et nos timelines. L'une des tactiques les plus puissantes — et parfois les plus sournoises — est l'appel à la peur. Dans cet article, je vous propose des repères concrets pour repérer quand une communication politique mise sur la peur plutôt que sur l'argumentation rationnelle, comment elle fonctionne et ce que nous pouvons faire collectivement pour y résister.
Pourquoi la peur est une arme de communication si efficace
La peur agit directement sur nos biais cognitifs : elle raccourcit notre réflexion, renforce l'attention et favorise les décisions impulsives. J'ai souvent constaté que, face à un message effrayant, beaucoup d'entre nous cherchent une réponse immédiate — souvent du côté de solutions simples et tranchées proposées par l'émetteur du message.
Les communicants politiques le savent bien. Une campagne qui instille la peur peut :
Signes distinctifs d'une stratégie basée sur la peur
Voici les indices que j'ai appris à repérer. Si plusieurs d'entre eux apparaissent ensemble, il y a de fortes chances que l'on soit face à une communication intentionnellement axée sur la peur.
Exemples concrets que j'ai analysés
Je me souviens d'une campagne municipale où chaque affiche présentait une rue plongée dans l'obscurité, accompagnée du slogan : « Sans nous, votre quartier basculera ». Aucun chiffre sur l'insécurité, aucune proposition concrète — seulement un récit : si vous ne votez pas pour nous, vous êtes en danger. C'est un modèle classique : substituer le récit à l'argument.
Autre cas : des discours nationaux qui utilisent des séquences vidéos montrant des migrants comme un flux ininterrompu franchissant des frontières, sans données géographiques ou temporelles. La répétition crée l'illusion d'une montée irrépressible et permanente, alors que la réalité est souvent bien plus nuancée.
Un petit tableau pour comparer communication rationnelle vs communication basée sur la peur
| Caractéristiques | Communication rationnelle | Communication basée sur la peur |
|---|---|---|
| But | Informez, convaincre par les faits | Mobiliser par l'émotion, polariser |
| Style | Nuancé, argumenté, sourcé | Simplificateur, manichéen, répétitif |
| Usage des données | Contexte et variétés d'interprétations | Données sorties de leur contexte ou absentes |
| Public visé | Citoyens engagés et curieux | Personnes anxieuses, hésitantes ou peu informées |
Questions à se poser face à un message politiquement alarmant
Quand je suis exposé à un message alarmant, je me pose systématiquement quelques questions rapides. Je vous les livre ici : pratiquez-les, elles aident à résister à la manipulation.
Comment répondre — individuellement et collectivement
Il ne suffit pas de repérer les techniques ; il faut aussi savoir réagir sans se laisser emporter par l'émotion opposée. Voici quelques tactiques que j'applique et que je recommande :
Rôle des médias et des plateformes
Les médias et les plateformes numériques ont une responsabilité majeure. J'appelle régulièrement les journalistes à vérifier et contextualiser davantage les images choc — et les plateformes à limiter la diffusion des contenus manifestement trompeurs ou conçus pour attiser la peur. Les algorithmes favorisent la viralité émotionnelle : comprendre ces mécanismes aide à réduire leur effet.
Ce que je fais personnellement sur Politiquer
Sur Politiquer, j'essaie d'équilibrer l'analyse critique et l'empathie. Quand j'aborde un sujet sensible, je publie systématiquement :
Mon objectif est simple : permettre à mes lecteurs de se forger une opinion éclairée, pas de les pousser vers la panique ou la complaisance. En période électorale ou de crise, cette vigilance est d'autant plus indispensable.