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Pourquoi la coopération européenne est vitale pour la souveraineté économique

Pourquoi la coopération européenne est vitale pour la souveraineté économique

Je m'appelle Aurélien Dubois. Sur Politiquer (politiquer.fr), j'essaie depuis des années d'éclairer les enjeux publics avec rigueur et humanité. Aujourd'hui je veux parler d'un sujet qui me tient particulièrement à cœur : pourquoi la coopération européenne n'est pas un luxe pour la souveraineté économique, mais une condition nécessaire. Ce n'est pas une rengaine pro-européenne dogmatique : c'est, à mon sens, la seule manière réaliste pour les pays européens de rester maîtres de leur destin face à des ruptures globales — pandémie, crise énergétique, compétition technologique et pression géopolitique.

La souveraineté économique, ce que j'entends par là

Quand j'évoque la souveraineté économique, je parle de la capacité d'un État (ou d'un ensemble d'États) à garantir la production de biens essentiels, le fonctionnement des services publics, l'emploi et la stabilité monétaire sans dépendre d'alliés ou d'adversaires extérieurs dans des domaines critiques. Cela inclut l'accès à l'énergie, aux matières premières, aux technologies clefs (puces, batteries, IA), et la capacité de protéger nos marchés et standards face à des pratiques commerciales déloyales.

Pourquoi l'échelle européenne compte

Une économie nationale isolée n'a ni la taille ni le poids de négociation nécessaires pour affronter les grands acteurs globaux. Voilà quelques raisons pour lesquelles l'échelle européenne change la donne :

  • Force de marché : ensemble, les pays européens représentent un marché de plus de 440 millions de consommateurs — un levier que des entreprises comme Apple ou Tesla respectent et adaptent à nos normes.
  • Mutualisation des risques : la coordination des stocks stratégiques, des capacités de production ou des politiques industrielles réduit la vulnérabilité face aux chocs (pandémie, embargo, crise énergétique).
  • Poids diplomatique : négocier à 27 face à la Chine ou aux États-Unis change le rapport de forces, notamment sur les achats stratégiques ou les sanctions.

Exemples concrets : quand la coopération a fait la différence

Je reviens souvent à deux événements récents qui montrent l'importance de l'action commune :

  • La crise des vaccins (COVID‑19) : la coopération européenne a permis d'acheter massivement des doses, de coordonner les essais cliniques et d'assurer une certaine équité. Ce n'était pas parfait, mais sans une action collective, l'approvisionnement pour des pays plus petits aurait été dramatiquement plus compliqué.
  • La dépendance gazière vis‑à‑vis de la Russie : l'arrêt progressif des approvisionnements a révélé que des réponses nationales isolées sont insuffisantes. Les mécanismes de solidarité énergétique, les achats groupés et la diversification des sources sont des réponses européennes indispensables.

Les domaines où l'Europe doit investir ensemble

Pour que la souveraineté économique devienne effective, il faut des efforts ciblés et coordonnés. À mes yeux, plusieurs chantiers sont prioritaires :

  • Technologie et semi‑conducteurs : les puces sont au cœur de tout — voitures, téléphones, systèmes industriels. Soutenir des écosystèmes de production en Europe (soutenances publiques-privées, clusters) est vital pour éviter d'être à la merci d'un seul fournisseur.
  • Batteries et mobilité : la transition vers l'électrique nécessite une chaîne d'approvisionnement de batteries en Europe, depuis les matériaux jusqu'au recyclage. Des projets comme ceux d'ACC (Automotive Cells Company) doivent être amplifiés.
  • Énergie renouvelable et infrastructures : interconnexion des réseaux, capacités de stockage, et plateformes d'achat communes réduisent le risque et favorisent des prix compétitifs.
  • Industrie pharmaceutique et production stratégique : relocaliser des capacités de production de médicaments essentiels, ou au moins assurer des alternatives à l'importation massive, est une priorité sanitaire et stratégique.
  • Régulation et normes : fixer des règles communes sur l'IA, la protection des données, la concurrence est une arme douce pour préserver nos marchés et valeurs.

Les freins à la coopération — et comment les dépasser

Je ne dis pas que l'unité européenne est évidente à obtenir. Il y a des freins puissants :

  • Intérêts nationaux divergents : certains pays priorisent la compétitivité à court terme, d'autres la protection sociale, d'autres encore la défense industrielle.
  • Manque de confiance : peur de financer les projets des voisins sans en retirer de bénéfices immédiats.
  • Cadre institutionnel insuffisant : l'UE manque parfois d'outils rapides et contraignants pour agir en cas de crise.

Pour dépasser ces obstacles, je crois à une combinaison de solidarité conditionnelle et d'incitations économiques : mécanismes de cofinancement (comme NextGenerationEU), fonds pour la défense industrielle européenne, systèmes d'achats publics coordonnés et, surtout, des règles claires pour partager gains et risques. L'idée n'est pas d'effacer les différences nationales, mais de les articular pour produire un effet d'échelle.

La souveraineté n'est pas synonyme d'autarcie

Je tiens à le souligner : défendre la souveraineté économique n'implique pas de se refermer. L'Europe a besoin d'échanges, d'investissements étrangers et de coopération internationale. La question est plutôt : comment garder la main sur des secteurs stratégiques tout en restant ouverte ?

Cela passe par des partenariats sélectifs, la diversification des fournisseurs et des règles claires sur les investissements étrangers dans les actifs critiques. Penser que l'autarcie est une solution serait une erreur stratégique ; la coopération européenne, bien conçue, permet au contraire de maintenir l'ouverture dans des conditions qui préservent l'intérêt public.

Ce que j'attends des responsables politiques et des citoyens

En tant que citoyen engagé et animateur de Politiquer, j'attends trois choses concrètes :

  • Des décisions claires pour financer des capacités industrielles stratégiques en Europe, avec des critères de gouvernance et de partage des bénéfices.
  • Une politique d'achats publics coordonnés pour soutenir les filières naissantes (batteries, semi‑conducteurs, énergie verte, santé).
  • Une pédagogie renouvelée : expliquer aux citoyennes et citoyens pourquoi ces choix sont nécessaires, quels sont les coûts et bénéfices, et comment la solidarité européenne profite aussi aux économies locales.

Pour terminer ce point de vue — sans conclusion définitive

Je reste convaincu que l'Europe a plus à gagner à se voir comme une puissance économique collective qu'à tenter de réduire la souveraineté à l'échelle nationale seule. Les défis sont immenses, mais la capacité d'innovation et de régulation de l'Europe, si elle est mobilisée à l'échelle du continent, peut devenir un avantage stratégique. Sur Politiquer, je continuerai à suivre ces enjeux, à pointer les réussites et les échecs, et à encourager un débat public informé. Vos retours, critiques et propositions sont les bienvenus — c'est par le dialogue que se construisent des réponses durables.

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